Que ta lettre me touche, mon petit Claude! Pendant des années on tient à ses enfants "comme à la prunelle de ses yeux" - mais ni plus ni moins; on n'y pense que lorsqu'ils sont malades. C'est incroyable ce que la jeunesse dure en nous: elle n'en finit pas de mourir et nous empêche de rien voir en dehors de nous. Et puis, voici, tout à coup, l'âge du destin, les coups durs, les années de bilan et les années d'échéances; et ce grand jeune homme qui est là, c'est notre fils: ce que nous aimons le plus au monde et ce qui nous intimide aussi le plus - peut-être parce qu'il se fait sur nous trop d'illusions, qu'il est le seul avec lequel nous n'ayons pas le droit d'être tout à fait franc. Il est vrai que lorsqu'on a l'étrange destinée d'être le fils d'un homme qui "se commente lui-même par profession", si j'ose dire, en soixante-dix éditions par an, on peut connaître son père mieux qu'il ne vous connaît lui-ùêùe. Hé oui, mon cher petit, quand tu me parles de Gide, des " Faux-Monnayeurs", je me demande: comment passe-t-il à travers ces cercles de feu? Les livres ne sont mauvais que dans la mesure où ils trouvent un complice en nous. Gide serait sans pouvoir s'il n'y avait un démon pour lui ouvrir la porte secrète d'un jeune coeur et lui livrer la clef. Je crois que tu es simple et droit - et cela seul m'inquièterait: ce que je sens en toi de terriblement tendre. Pour la foi, je me réjouis de te sentir plus près que je n'espérais. Vois-tu, sur ce plan là, il faut être très simple; se méfier du "sensible" (j'en ai abusé, j'en abuse...), connaître sa religion et ne pas tout baser sur "le coeur" - parce qu'aux époques de sécheresse, tout flanche. Et surtout, mon chéri, ne pas te monter la tête, ne as attacher trop d'importance aux tentations, aux faiblesses, inévitables. "Si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur" dit Saint-Jean. Le catholicisme n'est pas un système de limitations, de défenses, de préservations: il est amour. Tu préfères Jésus-Christ. Tu te tiens en main, tu te gardes libre pour lui. Mais ne crois pas qu'il t'oblige à renoncer à vivre. Ce que je voudrais, c'est, l'an prochain, te voir plus soucieux de servir, moins enfermé.. Oh! Je te connais/ sur ce plan là, tu es bien mon fils: individualiste en diable! Il faut trouver - c'est très difficile - dans un catholicisme conquérant, une atmosphère de liberté. La grâce nous rend libres. On ne la comprend qu'à mon âge, lorsqu'on connaît le degré d'asservissement où l'accoutumance au mal nous abaisse. A vingt ans, c'est plus dur de comprendre les liens invisibles qui unissent pureté et liberté. Mon chéri, je te souhaite de comprendre qu'il n'y a rien de plus monotone que le vice et que le christ vient rompre dans notre vie un morne enchaînement de chutes. Mais ne rougis pas de ton coeur. Et lorsque tu aimeras, receuille l'amour comme un sentiment sacré. Ne te méfie pas trop des femmes. La femme n'est pas péché "en soi". Et je te souhaite que tu trouves un jour celle qui t'aidera à supporter le dur destin d'un homme. Et sur ce plan-là, mon chéri, quoi qu'il doive t'arriver, quelques soient tes difficultés, dis-toi bien qu'il n'y a personne au monde qui peut te comprendre, te guider, te conseiller avec plus (je ne dirai pas d'indulgence, car je n'aurai rien à pardonner) mais je crois, de compréhension et d'amour.. A bientôt mon chéri, mon grand garçon, mon ami, mon fils bien-aimé.
François Mauriac, Grand Hôtel Cap-Ferrat, Lundi 17 Avril 1933
dimanche 26 août 2012
dimanche 15 juillet 2012
Le gris d'Aragon
Il y a toute sorte de gris. Il y a le gris plein de rose qui est un reflet des deux Trianons. Il y a le gris bleu qui est un regret du ciel. Le gris beige couleur de terre après la herse. Le gris du noir au blanc dont se patinent les marbres. Mais il y a un gris sale, un gris terrible, un gris jaune tirant sur le vert, un gris pareil à la poix, un enduit sans transparence, étouffant, même si il est clair, un gris destin, un gris sans pardon, le gris qui fait le ciel terre à terre, ce gris qui est la palissade de l'hiver, la boue des nuages avant la neige, ce gris à douter des beaux jours, jamais et nulle part si désespérant qu'à Paris au dessus de ce paysage de luxe, qu'il aplatit à ses pieds, petit, petit, lui le mur vaste et vide d'un firmament implacable, un dimanche matin de décembre au dessus de l'avenue du Bois...
Aragon, Aurélien, Paris, 1944
Aragon, Aurélien, Paris, 1944
jeudi 23 février 2012
Bien cirer ses chaussures
1/ Nettoyer la chaussure avec une brosse humide et imbibée de savon pour cuir de ce type:

2/ Passer avec le doigt et une petite brosse une crème hydratante pour la peau à l'aloès, de ce type:

3/ Cirer la chaussure avec un chiffon bien serré autour d'un doigt, passer plusieurs couches avec patience
4/ Brosser la chaussure avec 2 grosses brosses au poil doux, la chaussure est déjà brillante
5/ Passer une couche de crème hydratante
6/ Lustrer avec un chiffon, la chaussure est parfaite.
Cireur de chaussure du Honduras, Las Vegas, Novembre 2011
lundi 12 décembre 2011
dimanche 11 décembre 2011
Entre le sable et l'écume
Je marche éternellement sur ces rivages
Entre le sable et l'écumeLe flux de la marée emportera l'empreinte de mes pas, et le vent emportera l'écume
Mais la mer et le rivage demeureront
Eternellement.
Khalil Gibran, le Sable et l'Ecume, 1926
lundi 5 décembre 2011
Big Sur
Big Sur, belle cassure
Ying et Yang de ton voyage
Toi terre agitée et sombre
Tu t'y jète sauvagement
Pour y mourir et renaître
Plus belle, chaque matin
Californien.
Soit heureuse, toi
Qui porte le parfum doux de tes criques
La fourrure argentée de l'Océan
Va t'habiller!

Big Sur, elegant fracture
Ying and Yang of your voyage
You, rugged and dark earth
You dive wildly
For death and rebirth
More beautiful, every morning
Californian.
Be happy, he
Who wears the sweet perfume
Of your creeks
The silver fur of the Ocean
Will dress you!
Ying and Yang of your voyage
You, rugged and dark earth
You dive wildly
For death and rebirth
More beautiful, every morning
Californian.
Be happy, he
Who wears the sweet perfume
Of your creeks
The silver fur of the Ocean
Will dress you!
Big Sur, California, Decembre 2011
mercredi 30 novembre 2011
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