Deux jumeaux discutent dans le ventre de leur mère:
- Oh... comme c'est étroit ici! Je n'arrive plus à bouger... Tu es devenu trop grand !
- Mais non c'est toi qui as trop grandi! Moi je suis plutôt mince!
- Arrête de te moquer de moi ! Cela ne mène à rien ! Tout de même tu as bien une idée de ce à quoi tout ça va aboutir?
- Je n'en sais rien moi!
- Tu ne crois pas qu'il y a une vie après la naissance?
- Une vie après la naissance, tu y crois toi?
- Mais bien sûr que oui! C'est le but de notre vie ici. Il faut grandir et se préparer pour qu'on devienne assez fort pour l'accouchement et pour la vie après la naissance.
- Tu es fou? C'est complètement absurde, ça, une vie après la naissance. Et ça se passerait comment là-bas?
- Je ne sais pas trop moi. Mais de toute façon plus lumineux qu'ici. Et peut-être que nous allons être capables de marcher et de manger par la bouche et tout le reste.
Ouah.. Quelle bêtise! Marcher, ça ne marche pas du tout! Et manger avec la bouche, bizarre comme idée! Nous avons le cordon ombilical qui nous nourrit. Déjà ce cordon est trop court pour se promener avec!
- Mais si ! Bien sûr que si c'est possible! Evidemment il y aura des différences.
- Mais personne n'est revenu de là bas! Personne! Tu as bien compris ça?
avec la naissance la vie se termine. D'ailleurs je trouve cette vie assez douloureuse et assez sombre.
- Même si je ne sais pas trop comment cela se passera après la naissance, de toute manière on va finalement voir notre mère!
- Notre mère? Tu y crois toi? Elle est où notre mère?
- Ben ici. Partout, autour de nous! Sans elle on ne pourrait même pas vivre!
- Bah! Je n'ai jamais rien remarqué d'une mère, donc elle n'existe pas non plus!
- Mais si. De temps en temps quand nous sommes bien tranquilles j'entendais comme une voix qui était inaccessible, mais en même temps très proche de nous. Je pense qu'on la verra un jour. Comme il me tarde de la voir et de la connaître!
dimanche 1 mars 2015
mercredi 14 janvier 2015
J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé.
Perdican:
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ”
Alfred de Musset, scene 5, Acte II On ne badine pas avec l'amour, Paris, 1834
dimanche 20 juillet 2014
The Unbearable Lightness of Being
If every second of our lives recurs an infinite number of times, we are nailed to eternity as Jesus Christ was nailed to the cross. It is a terrifying prospect. In the world of eternal return the weight of unbearable responsibility lies heavy on every move we make. This is why Nietsche called the idea of eternal return the heaviest of burdens (das schwerste Gewicht).
If eternal return is the heaviest of burdens, then our lives can stand out against it in all their splendid lightness.
But is the heaviness truly deplorable and lightness splendid?
The heaviest of burdens crushes us, we sink beneath it, it pins us to the ground. But in the love poetry of every age, the woman longs to be weighed down by the man's body. The heaviest of burdens is therefore simultaneously an image of life's most intense fulfilment. The heavier the burden, the closer our lives come to the earth, the more real and truthful they become.
Conversely, the absolute absence of a burden causes man to be lighter than air, to soar into the heights, take leave of the earth and his earthly being, and become only half real, his movements as free as they are insignificant.
What then we choose? Weight or lightness?
Parmenides posed this very question in the sixth century before Christ. He saw the world divided into pairs of opposites : light/darkness, fineness/coarness, warmth/cold, being/non-being. One half of the opposition he called positive (light, fineness, warmth, being), the other negative. We might find this division into positive and negative poles childishly simple except for one difficulty: which one is positive: weight or lightness?
Parmenides responded: lightness is positive, weight negative. Was he correct or not? That is the question. The only certainty is the lightness/Weight opposition is the most mysterious, most ambiguous of all.
The Unbearable Lightness of Being, Milan Kundera, 1984
« On n'a jamais l'occasion deux fois de faire une bonne première impression »
C’est en achevant la lecture du
récit – haletant – du périple à Saint Jacques de Compostelle de Jean-Christophe
Rufin que m’est venue cette expression. Après avoir parcouru 800 kilomètres à
pied sur le « Camino del Norte », l’auteur s’emploie à dénigrer la
ville, ses touristes et sa grandeur. Santiago détone beaucoup trop avec la
modestie des villages parcourus et du chemin. Rufin est désagréablement
surpris, Santiago lui a fait une mauvaise première impression.
En lisant ces mots de Rufin, par
contraste et révolte même, l’impression forte, positive et enthousiaste que
j’ai eue de ma deuxième arrivée à Santiago resurgissait. C’était à l’aube. Nous nous étions réveillés tôt,
avec mon camarade Mehdi, pour pouvoir être les premiers à recevoir la « Compostella »,
le Grâle du pèlerin. Nous étions partis de Monte do Gozo, célèbre pour son
monument à la gloire de Jean-Paul II et cette auberge aux milliers de lits. Des
formes floues, bleu blanc et rose dessinaient le ciel. Nous avions des jambes
légères, dans la descente, nous avions totalement oublié la pénible et longue
étape de la veille. Nous avons traversé – et même survolé- les faubourgs de la
ville, sans être touchés par ces affres urbaines, auxquelles Rufin consacre
plusieurs pages. Puis les pavés de la vieille ville, fraîchement rincés à
grands coups de jets d’eau, nous conduisent, toujours en descendant, à travers
des rues désertes, sous des portes étroites et hautes, vers l’immense place de
Santiago. La place est un désert noir, majestueux, beau. Nous restons là. Bientôt, le monde grouille; le soleil fait tambouriner les ors,
secouer les crécelles, et claironner les plus hautes gargouilles. Quelle forte impression!
Bologne, Février 2014
Bologne, Février 2014
lundi 24 février 2014
dimanche 16 février 2014
La lecture par Blaise Cendrars
Quelle chose étonnante que la lecture qui abolit le temps, transvase l'espace vertigineux sans pour cela suspendre le souffle, ni ravir la vie au lecteur! On est emporté sur un tapis volant. Le bonnet enchanté de Fortunatus vous coiffe la tête. On se croit invisible, absent, bien qu'étant partout présent, fébrile, ce livre à la main, que l'on dévore, que l'on mange des yeux, comme une opération de magie blanche, pour se nourrir l'esprit.
Et la lecture est en effet une opération magique de la conscience qui révèle une des facultés les plus méconnues de l'homme et qui lui confère un grand pouvoir: la faculté de bilocation et le pouvoir de s'isoler, de s'abstraire, de sortir de sa propre vie sans perdre contact avec la vie, bref de communier avec tout, même quand on ne croit plus à rien.
Blaise Cendrars, l’Égoutier de Londres (nouvelle parue dans Histoires vraies), Paris, 1937
vendredi 29 novembre 2013
Vocazione di san Matteo
« Ce doigt de Jésus… vers Matthieu. C’est comme cela que je suis, moi. C’est ainsi que je me sens, comme Matthieu ». Soudain, le pape semble avoir trouvé l’image de lui-même qu’il recherchait : « C’est le geste de Matthieu qui me frappe : il attrape son argent comme pour dire : “Non, pas moi ! Non, ces sous m’appartiennent !” Voilà, c’est cela que je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux. C’est ce que j’ai dit quand on m’a demandé si j’acceptais mon élection au Pontificat. » Il murmure alors : « Peccator sum, sed super mise-ricordia et infnita patientia Domini nostri Jesu Christi confusus et in spiritu penitentiae accepto (je suis pécheur, mais, par la miséricorde et l’infinie patience de Notre Seigneur JésusChrist, je suis confiant et j’accepte en esprit de pénitence). »
Pape François, Rome, 2013
Notes:
(1) Tableau: Vocazione di San Matteo, Le Caravage, 1599, conservé à la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis des Français à Rome
(2) Texte: Interview du Pape par les Jésuites, 19, 23 et 29 Août 2013: http://www.jesuites.com/v3/wp-content/uploads/2013/09/Interview-Pape-Fran%C3%A7ois_long.pdf?9d7bd4
(3) Autres références culturelles du Pape:
Peinture: Le Caravage, Chagall (Crucifixion blanche)
Musique: Mozart (Et Incarnatus, messe en Do, interprété par Clara Haskil), Beethoven (interprété par Furtwängler), Bach (Les Passions, la plainte de Pierre dans la Passion selon Saint Mathieu), Wagner (Tétralogie interpretée par Furtwängler à la Scala, le Parsifal dirigé par Knappertsbuch)
Cinéma: Fellini (La Strada), films avec Anna Magnani et Aldo Fabrizi, Rome ville ouverte, le Festin de Babette
Littérature: Dostoïevski, Hölderlin, Gerard Manley Hopkins, Martin Fierro de José Hernandez, Nino Costa, Grand exode de Luigi Orsenigo, Joseph Malègue, José Maria Peman, Dante, Borges, Leopoldo Marechal (auteur de Adan Buesnosayeres, El banqueta de Severo Arcangelo et Magfon o la guerra)
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